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Le public non averti a parfois une vision simpliste du western.

D’un coté les classiques des années 50 en noir et blanc qui faisaient la part belle aux pionniers, exaltant l’héroïsme des cowboys bon teint et de la glorieuse cavalerie. Cette dernière arrivant toujours à point nommé pour délivrer des « sauvages indiens  » les veuves et les orphelins.

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Rio Grande 1950

De l’autre coté, les films des années 60/70, étaient sensés remettre les choses à leur juste place, à savoir cowboys, pionniers et autres envahisseurs blancs sont eux mêmes des « sauvages » et les indiens de gentils opprimés.

Comme toujours, avec le recul et le travail des historiens, ceux qui s’intéressent à la fois à cette période de l’Histoire des Etats-Unis et aux westerns savent que tout cela n’est pas aussi simple.

Tout les vrais fans des westerns de John Ford savent décrypter les images du cinéaste. S’abstenant de discours, celui ci nous donne par le choix de ses cadrages et de son montage tous les éléments nécessaires pour nous forger une opinion sur ces hommes et ces femmes (blancs ou rouges) qui luttent pour leur existence. Permanence du doute, recherche de rédemption … A noter que ce sont souvent les femmes chez Ford qui, au milieu du tumulte, vont fournir aux hommes les semblants de certitude dont ils croient avoir besoin.

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John Ford en 1946

A cet égard, le cinéma de John Ford, tous styles confondus, est sans aucun doute un des éléments fondateurs du cinéma américain moderne.

Le livre d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos qui vient de paraître : « John Ford et les Indiens » raconte l’âge d’or du western et rend hommage au peuple Navajo et nous éclaire sur les rapports liés par Ford avec ces indiens qui étaient employés comme figurant sur le tournage de ses films.

Disparu en 1973 à l’âge de 79 ans, John Ford est d’abord un baroudeur, il sera blessé en 1942 alors qu’il filme en direct pour le gouvernement américain la bataille de Midway dans le Pacifique. Il est également connu pour son sale caractère. Ses amis dans le monde du cinéma se comptent sur les doigts de la main, ce qui finalement n’est pas si grave…puisque John Wayne en fait partie !

Il s’est toutefois beaucoup attaché aux indiens, essentiellement Navajos, qu’il a employé dans une dizaine de westerns.

Ces derniers ont accueilli John Ford et ses équipes de tournage sur le site de leur vallée sacrée à Monument Valley.

C’est cette histoire que racontent les deux auteurs, cinéphiles passionnés, que sont Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, dans John Ford et les Indiens  (Éditions Séguier, 300 p., 21 €).

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Femme Navajo et son enfant en Arizona

Recueillant les témoignages des Navajos et de leurs descendants pour reconstituer cette épopée de l’histoire du septième art américain et pour brosser le portrait complexe d’un homme bourru. Le regard que porte le cinéaste irlandais sur les Indiens, qui ont longtemps été considérés comme des êtres stupides et alcooliques, a évolué au fil de ses longs-métrages.

Au début de leur collaboration, Ford que les figurants Navajos surnomment « papy  » les emploie de la façon la plus basique qui soit, ne se souciant pas de les mettre en valeur. C’est une évidence dans La Chevauchée fantastique, La Poursuite infernal et Rio Grande par exemple. « Tout ce qu’on nous demandait, c’était de monter à cheval, tomber, marcher », se souvient l’un des acteurs Navajos. Chacun « faisait ce qu’il avait à faire. Dans la bonne humeur », mais « on ne faisait rien de notre propre initiative. Et plaisanter n’était pas dans le scénario », déclare un autre.

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John Ford

Le cinéaste va pourtant évoluer, en prenant leur parti dans Le Massacre de Fort Apache (1947) traitant de la bataille de Little Big Horn et la défaite du général Custer en 1876. Plus tard, il leur donne la parole pour la première fois dans La Charge Héroïque (1948) et dans Le Convoi des Braves (1950), les Navajos jouent leur propre rôle.

La tribu Navajos reconnaissante organisa en 1955 une « grande célébration » pour que John Ford devienne membre honoraire de leur nation. Jusqu’à la fin de sa vie, il conservera la peau de cerf sacrée qu’ils lui avaient offerte en cette occasion.

Pour aborder les westerns avec un oeil nouveau et mieux profiter des images somptueuses des chefs d’œuvres de John Ford, plongez vous dans ce livre passionnant.

John Ford et les Indiens 

D’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos  (Éditions Séguier, 300 p., 21 €).

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Claude

L’auteur Claude

Clod, 170 cm sur 70 kilos. Mes pieds s’installent en général dans des baskets ou de temps en temps dans des boots. Mon corps se drape d’un jean étroit du bas (le Chino fait son apparition) et de t-shirt émanant de pays étrangers rapportés en général par mes deux filles. Ma vie s’articule autour du partage et de l’échange. J’aime bien m’entendre dire « je fais ce je veux… », même si ce n’est pas vrai. Je suis un fondu de musique, de culture, de moto, de rencontres, de belles histoires et après de plein d’autres choses !

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