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Rencontre avec une jeune réalisatrice couleur vintage

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Il existe des jeunes réalisatrices qui n’ont pas froid aux yeux, des jeunes réalisatrices qui sont prêtes à relever des défis et à réveiller certaines consciences longtemps endormies qu’elles expriment à travers leur art, en l’occurrence le cinéma. À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, Monsieur Vintage a rencontré l’une d’elle, la jeune réalisatrice, Diane Weber-Seban accompagnée de Barbara Probst interprète du rôle principal du nouveau court métrage de Diane «EVA».

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Carte d’identité de Diane Weber-Seban : Après avoir obtenu son baccalauréat option cinéma, Diane commence un double cursus alliant cinéma et théâtre, pratique et théorie. Elle passera 2 ans aux cours Florent avant d’intégrer le conservatoire du 14è arrondissement de Paris sous la direction de Jean-François Prévand. A la suite de l’obtention de sa licence en cinéma à l’Université Sorbonne Nouvelle (Paris 3), Diane choisit de continuer ses études en Angleterre, après avoir été admise à La London Film School. En juillet 2013, elle obtient son master en études cinématographiques après avoir produit le film de M. Germain-Vassilyevitch « Le rêve d’Orphée » ainsi que réalisé son propre film « Eva ».

Le choix de Diane n’est pas un hasard car vous allez vite comprendre que l’univers vintage et poétique est très ancré chez la réalisatrice. Son nouveau court métrage « EVA » est une ode à une époque pas si lointaine à travers une histoire forte qui a bousculé notre cher pays. Monsieur Vintage a eu le privilège de voir ce court métrage. Comment faire adhérer les spectateurs sur un sujet fort, le distilbène*, à travers une réalisation légère et aussi courte… moins de 15 minutes. C’est le pari réussi de Diane Weber-Seban. La réalisatrice y capte d’incroyables moments de vie avec des images gorgées de lumière affective. La technique employée, le choix des couleurs et la musique nous renvoient dans une époque pas si éloignée, malgré la présence d’éléments de notre nouveau siècle. Ce film aurait pu être une comédie musicale tellement il transpire les années 60. Diane Weber-Seban c’est une belle promesse.

À peine assise, Diane dépose sur la table une pile de polaroïds retraçant l’univers du film, les couleurs et les repérages sur ce propos. Vous voyez, ça commence déjà très fort… Une pile de pola ! Et sous son bras, un cahier où est recensé, par l’écriture, d’autres photos-pola, et des images de tableau de peintres du 18ème, tout le ton du court métrage.

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Barbara Probst, future maman et Diane Weber-Seban

Dites nous, Diane, ce court métrage a été réalisé sous quel cadre ?

C’est mon film de fin d’études, sachant que je savais ce que j’allais faire, même avant d’entrer dans l’école. J’étais probablement la seule à connaître sur quoi mon film allait porter. Je savais que je parlerais du Distilbene. Evidemment, au départ, il avait une forme complètement différente et le cœur de l’action ne se situait pas dans une voiture. Après avoir beaucoup discuté avec Barbara Probst sur le personnage d’Eva, et sachant que l’objectif était d’installer cette histoire dans un court métrage de moins de 15 minutes, j’ai choisi de me concentrer sur l’intimité et les émotion de ce couple. C’est une histoire pas très fun que certaines personnes ne veulent pas entendre, et j’ai essayé de ne jamais tomber dans le larmoyant afin de pouvoir toucher un large public, tout comme l’avait fait Valérie Donzelli avec « la guerre est déclarée »

On a le sentiment que cette histoire vous tient à cœur ?

C’est quelque chose qui me tient à cœur, même si cette histoire ne m’a pas touché personnellement, mais j’ai appris en réalisant ce court métrage que certaines personnes de ma famille en avaient pris, heureusement sans conséquence pour leurs enfants. J’avais déjà réalisé un court métrage documentaire sur le sujet et maintenant, je souhaiterais réaliser un long.

Les deux acteurs ont-ils répondu immédiatement présents ?

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Francesco Calabrese et Barbara Probst

En l’occurrence, Barbara m’a dit oui tout de suite, c’était une compassion immédiate. Elle m’a avoué, en tant que femme, s’être déjà posée la question sur ce phénomène. Les hommes ont tendance à être plus détachés de ce genre de problématique, mais Francesco Calabrese, (le comédien du film) s’est vraiment investi et lui non plus n’a pas échappé aux questionnements que le film implique sur la paternité

Parlons technique maintenant… Comment définiriez-vous l’esthétique du film ?

Vintage, bien sûr. Je me définirais moi-même un peu old fashion. J’ai toujours mis des habits de ma grand-mère. En général, on me dit « c’est beau ce que tu portes, ça vient d’ou ? Et fièrement je réponds « de ma grand-mère ». Il y a plusieurs choses qui m’ont façonnées. Je garde toujours un regard d’enfant, j’ai envie d’être toujours émerveillée, j’ai l’œil à propos du détail un peu éphémère, un peu photographique ; J’aime beaucoup les couleurs et forcement ça se retrouve. En l’occurrence, dans le film, je distingue deux époques à travers deux couleurs : le jaune pastel qui signifie la légèreté, le côté solaire et le bleu pour les événements plus durs. Je me suis servie de beaucoup d’images de pub qui jouent beaucoup en ce moment sur des tons pastels, colorés, doux. j’ai choisi une Renault Twingo bleue, car elle me semble être une auto intemporelle ni moderne, ni trop ancienne et aussi par souci technique et pratique. Je reste très attachée àla nouvelle vague, Truffaut, Anna Karina, J’aime le ton de cette époque, cette légèretéqui n’est pas anodine, ni creuse, une forme d’absurditédans les dialogues. Vous savez Cléo de 5 à7 est un film qui m’inspire beaucoup. Une autre source d’inspiration : Élisabeth Vigée Le Brun, peintre célèbre pour avoir effectuédes toiles de Marie Antoinette. Elle a beaucoup peint des mères et des enfants.

562522_356869947767501_242553290_nVous me parliez en off de méthodes de travail vintage

Oui, même sur un court métrage, nous avons beaucoup répété. Aujourd’hui le réalisateur est dans son rôle unique et les comédiens sont livrés àeux mêmes. Moi, je suis revenue aux « anciennes »méthodes oùles comédiens s’apprivoisent avant le début du tournage. C’est-à-dire beaucoup sentiments qu’on ne voit pas àl’écran mais qu’on peut sous entendre grâce àce travail en amont.

Avec quel type de caméra avez-vous tourné ?

On a utiliséune camera Aaton LTR S16mm. Tout le monde nous disait qu’il était très facile de se procurer ce genre de caméra, car aujourd’hui, on ne tourne plus avec ce matériel mais uniquement en numérique. « On va vous donner le matériel »…Et bien ça étéla foire d’empoignes, les prix étaient très élevés. En France, les gens pensent que tous les courts-métrages sont subventionnés, du coup les prix restent très élevés. A Londres oùj’ai eu l’occasion de produire deux courts-métrages, tout le monde sait qu’un court-métrage doit faire avec les moyens du bord, et ils acceptent de jouer le jeu en faisant 50% de réduction…Pour Eva, mon budget était de moins de 10 000€, sachant que tous les acteurs et techniciensétaient bénévoles. Pour vous répondre concrètement, j’ai beaucoup de mal àpenser et àaccepter le fait qu’un jour, je devrais tourner en numérique. Je sais que je serai confrontée àça comme ma mentor, Mia Hansen-Love, qui l’a vécu sur son dernier film qu’elle voulait absolument tourner en pellicule. Pour moi, un film… c’est fait avec du film. Il faudra trouver une autre appellation pour ce qui ne se tourne pas en film…

Cette année vous allez àCannes dans la catégorie court métrage ?

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Barbara Probst

Mon film participe au marchédu court métrage « le Short Film Corner »qui est l’indispensable rendez-vous autour du court métrage. Cela nous permet de présenter notre film, concrétiser des rencontres et engager des actions déterminantes pour la suite. Attention, ce n’est pas aussi simple car il doit y avoir, de mémoire, au moins 1 500 films présents sur un catalogue. Les distributeurs vont vouloir voir votre film àcondition qu’en amont, un travail a étéfait pour les orienter àchoisir mon film. Mais j’ai déjàune grande chance d’avoir étésélectionnée pour le Festival de Cannes. Il n’est pas rare que d’autres festivals, grâce àCannes, demandent àvoir votre film, c’est l’effet ricochet. Si certains distributeurs souhaitent voir le film sur place, le festival de Cannes met ànotre disposition une petite salle afin de voir le film dans des conditions optimales. De plus, Anne Levadou, présidente de Réseau DES France a beaucoup appréciééle film et nous commençons donc une collaboration afin que ce film soutienne la cause de ces milliers de femmes, d’hommes, de couples concernés. Deux décisions de justice doiventêtre rendues le 22 mai dont celle de la présidente de l’association « les filles DES ». Peut-être alors mon film pourrait trouver un écho vis-à-vis des journalistes traitant du sujet ; ceux sont deux actualités qui se recoupent…même si c’est un court métrage.

Combien de film avez vous réalisé ?

Celui ci est le 4ème.

Quels sont vos films référents ?

Alors clairement : « Cléo de 5 à7 » et je suis tombée par hasard, après l’écriture d’Eva, alors que j’étais presque en train de tourner, sur un film de Nadine Trintignant qui s’intitule « ça n’arrive qu’aux autres », qui relate l’histoire d’un couple qui perd un enfant comme dans mon film. J’ai contactéNadine Trintignant, elle a acceptéde lire mon scénario et j’ai eu la chance de pouvoir la rencontrer. Certaines de ses phrases resteront toujours avec moi. Elle a également acceptéd’être la « marraine » du film.

*Le Diethylstilbestiol (DES) est une hormone de synthèse qui a étéprescrite àplus de 11,5 millions de femmes dans plus de 30 pays entre 1941 et 1985 afin d’éviter les fausses couches.

Les enfants ayant étéexposés in utéro àla molécule sont victimes de malformations de l’appareil génital, de risques augmentés du cancer du col de l’utérus ou du cancer du sein ou de stérilité…

Tags : Barbara ProbstcinémaDiane Weber-SebanEvaVintage
Claude

L’auteur Claude

Clod, 170 cm sur 70 kilos. Mes pieds s’installent en général dans des baskets ou de temps en temps dans des boots. Mon corps se drape d’un jean étroit du bas (le Chino fait son apparition) et de t-shirt émanant de pays étrangers rapportés en général par mes deux filles. Ma vie s’articule autour du partage et de l’échange. J’aime bien m’entendre dire « je fais ce je veux… », même si ce n’est pas vrai. Je suis un fondu de musique, de culture, de moto, de rencontres, de belles histoires et après de plein d’autres choses !

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